Se refaire une santé en misant sur l’insécurité. C’est le nouveau pari de Nicolas Sarkozy qui a renoué avec son discours sécuritaire. Ce sera aussi le thème majeur de la campagne de l’UMP pour les Européennes. En déplacement à Nice, le 21 avril, le chef de l’État a donné le ton : populiste et démago. Parmi les mesures annoncées, celle-ci : le simple fait d'appartenir à une bande sera passible de trois ans de prison. « Je ne laisserai pas le phénomène des bandes s'installer, a expliqué Nicolas Sarkozy. J'ai vu deux reproches, ceux qui disent c'est liberticide - je ne vois pas en quoi c'est liberticide - soit c'est inefficace, il faudrait savoir, soit c'est liberticide, soit c'est inefficace. Il avait déjà testé ces annonces le 18 mars à Gagny (93). Quelques jours plus tôt, dans cette même ville, une vingtaine de jeunes armés et encagoulés avaient envahi un lycée de la ville et blessé douze personnes. Comme à son habitude, Nicolas Sarkozy surfe sur l’émotion pour prendre de nouvellesmesures répressives. Depuis 2002, 23 textes législatifs ont ainsi vu le jour et pourtant la délinquance n’a cessé d’augmenter. Les violences aux personnes ont progressé de 2 à 3% en 2008. Les vols à main armée de 17%.Le bilan de l’ancien premier flic de France est désastreux. « Le gouvernement a continué à réduire les moyens et les missions des forces de l’ordre.On n’a de plus en plus de lois et des sanctions de plus en plus dures, mais elles ne sont pas appliquées. La valorisation de la répression à court terme va à l’encontre de la sécurité à moyen et à long terme, de nos concitoyens », a dénoncé Martine Aubry lors d’une conférence de presse le 14 avril.
Un fait divers, une loi
Cette politique du coup par coup – un fait divers, une loi - se révèle contre-productive. Les juristes eux-mêmes estiment que l’inflation législative les pénalise. Elle peut même contribuer à affaiblir la démocratie. « Les outils pénaux existent déjà. L’inflation législative est non seulement inefficace, mais vient aussi mettre en danger les principes de l’État de droit, déplore Laurent Mucchielli, sociologue spécialiste des questions de délinquance. Car, à multiplier les sanctions à chaque fois qu’un fait de délinquance agite les médias, on risque de mettre à mal certaines libertés. Nous avons vu, par exemple, une augmentation considérable des gardes à vue, des abus ont été constatés, sans que cela ne se justifie dans les résultats. » Pire, certains textes votés ne sont toujours pas entrés en application. C’est notamment le cas de la loi « prévention de la délinquance » demars 2007. « Il faut absolument sortir de la rhétorique du Président qui voudrait nous faire croire que s’attarder sur les causes de la délinquance, c’est être complice des auteurs de violence, explique Laurent Mucchielli. Nous savons pourtant que l’échec scolaire est l’une des causes majeures de la délinquance. Mais entend-on le gouvernement sur ce sujet ? Le plan banlieue de Fadela Amara n’est pas à la hauteur. »
Cagoule
Inefficace, la politique sécuritaire du gouvernement est également insuffisante. « La gauche se veut plus responsable, explique Marisol Touraine, secrétaire nationale du PS à la sécurité. Il faut une meilleure articulation entre les lois existantes, donner les moyens à la police judiciaire et aux magistrats de poursuivre vite et durement les auteurs de graves violences. Enfin, il faut penser ces sanctions et l’action des forces de l’ordre dans une politique globale de prévention de la délinquance. La délinquance ne naît pas de rien. Il faut être aux côtés des associations,des éducateurs,et des municipalités pour mener une vraie politique d’accompagnement. » C’est d’ailleurs ce qu’essaient de faire les mairies socialistes. À Aulnay-sous-Bois, Gérard Ségura, a mis en place, depuis les émeutes de 2005, une cellule de veille qui regroupe le maire, des membres de la police nationale et municipale, la protection judiciaire de la jeunesse ou encore des médiateurs. « Nous essayons d’anticiper au maximum et c’est de cette façon que nous avons réussi à désamorcer les trois quarts de ce qui aurait pu tourner en confrontations », explique le maire socialiste au quotidien Libération, le 15 avril. Mais les villes ne peuvent ni ne doivent assurer, seules, la sécurité du territoire. Pourtant la guerre des textes, engagée par la droite depuis 2002, a coïncidé avec une baisse des moyens pour la justice, des suppressions de personnels policiers et des diminutions drastiques de subventions aux associations présentes dans les quartiers. Seul pas franchi par l’État, la création des Uteq (Unité territoriale de quartier), une police de proximité bis.Mais il ne les dote pas demoyens suffisants. Et aujourd’hui, Nicolas Sarkozy annonce une nouvelle sanction à l’encontre de tout manifestant portant une cagoule lors d’un défilé.S’il échoue radicalement à être le président du pouvoir d’achat, il est définitivement le président de la régression des libertés publiques.