Lors de ses vœux aux personnels de santé, le 9 janvier, à Strasbourg, le chef de l'Etat a répété que les problèmes de l'hôpital ne tenaient pas aux moyens mais à une mauvaise organisation. Pourtant, en période hivernale notamment, le manque de lits est flagrant et les personnels hospitaliers, en sous-effectif, ont dumal à faire face. Pour Patrick Pelloux,médecin urgentiste et président de l'Amuf (association des médecins urgentistes de France), la droite privatise et détruit la notion d'hôpital public.
Quel est l'état des hôpitaux de France aujourd'hui ?
Comment expliquer le manque de places dans les hôpitaux, en partie à l'origine de la récente série de drames ?
Ce n'est pas la première fois que ça arrive malheureusement. D'abord beaucoup d'hôpitaux ont des contrats de retour à l'équilibre avec des restrictions de budget telles qu'ils doivent se passer de personnel soignant. Pour la première fois de l'histoire de l'hôpital, le plan Bachelot prévoit le licenciement de 20 000 personnes dans les établissements publics de santé. Au CHU de Nantes, du Havre ou de Nancy, des bureaux de reclassement ont été ouverts. Alors qu'on constate un manque de personnel, on lui demande de s'en aller. Cet hiver, c'est la canicule à l'envers. La pénurie qui existe pour les lits est absolument délirante.
Les personnels accumulent donc les heures supplémentaires...
Oui, et non payées. Car, n'en déplaise au Président, le plan d'application qui devait être mis en oeuvre dans le cadre de l'instauration des 35h pour payer les heures supplémentaires a tout simplement été abandonné. Après, c'est facile de mettre sur le dos des 35 heures tous les problèmes de l'hôpital. Le progrès social n'est pas l'ennemi de l'organisation et de la modernisation des hôpitaux. Il faut simplement donner les moyens au progrès social. Le pouvoir actuel peut bien avoir un discours dégoulinant de compassion en disant que les infirmières sont formidables et les médecins très beaux. Mais à côté de ça, il ne paye pas ce qu'il leur doit. La modernité serait de reconnaître le temps de travail en heures des personnels de l'hôpital et de le payer. À l'heure actuelle, l'État ne l'entend pas de cette oreille. Je connais un ambulancier qui cumule plus de 1000 heures supplémentaires non payées. Et quand il demande à être rémunéré, on lui répond qu'il n'y a pas de budget. Il a donc proposé de prendre tous ses jours en repos. On lui a rétorqué que c'était impossible étant donné le manque de personnel.
Sarkozy estime qu'il ne s'agit pas d'un manque de moyens mais d'un problème d'organisation et d'efficacité...
Pourtant, le Président a précisé que 23 milliards d'euros supplémentaires avaient été accordés à l'hôpital entre 1998 et 2008...
Ce n'est pas aussi simple. Le déficit s'est creusé entre 1998 et 2008 notamment à cause de l'augmentation du nombre de personnes âgées en France. Entre ces dates, il y a également eu la canicule. Et les différents plans de « modernisation » mis en place ont eu un coût. Notamment le plan hôpital 2006- 2007 qui a instauré la notion d'hôpital entreprise. De soi-disant réinvestissements pour construire de nouveaux bâtiments étaient prévus. Mais le fonctionnement en auto-financement des établissements hospitaliers les a endettés. Ainsi pour occuper ces nouveaux bâtiments, les hôpitaux et l'État devront les louer à des prix prohibitifs aux gros consortiums de bâtiment public. C'est ridicule.
Un nouveau projet de loi baptisé Hôpital Santé Patients Territoires (HSPT) sera discuté le mois prochain au Parlement. Il est censé réorganiser les établissements hospitaliers et les adapter aux exigences du XXIe siècle. Qu'en pensez-vous ?
Quelles sont alors les mesures à mettre en oeuvre pour améliorer l'offre et la qualité de soins pour tous à l'hôpital ?
Reprendre l'idée d'une taxe Tobin sur le grand capital et les mouvements boursiers en l'appliquant aux profits réalisés par les grandes industries pharmaceutiques. C'est la sécurité sociale qui fait leur richesse. C'est elle qui donne de l'argent aux grands groupes des maisons de retraite, comme Korian. Ils s'enrichissent et envoient ensuite leurs dividendes aux actionnaires, via les fonds de pension. Ce serait un moyen d'accroître le financement de l'hôpital public. Une mesure de justice sociale en somme.
De plus, à l'origine, dans les statuts de la sécurité sociale, on ne pouvait pas faire du profit sur la maladie des êtres humains. Il y avait une modernité que l'on n'a plus. Le discours du Président n'évoque pas du tout ces questions. Quant à une meilleure organisation, personne n'en demande moins. Mais encore faut-il que les suppressions de postes ne viennent pas empêcher nos hôpitaux de prendre en charge les patients.
Propos recueillis par Fanny Costes